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Les archives insolites du Département : l'éléphant d'Henri IV

Publié : Il y a 4 jours

Du 22 février au 5 mars, les Archives départementales proposent chaque jour, hormis les week-ends, un sujet à la fois historique et insolite. Aujourd’hui : Henri IV et son éléphant d’Afrique !

Nous sommes en juin 1591, dans le port de Dieppe. En ce dimanche, badauds, marchands et pêcheurs sur les quais déambulent et s’affairent. Les roulis habituels des vagues et les murmures du vent résonnent étrangement aujourd’hui. Il y a comme un écho inédit qui flotte dans les embruns. Est-ce un kraken affamé s’aventurant près des rivages ? Une sirène donnant de la voix pour hypnotiser un mousse ? Non, il s’agit d’une jeune éléphante. Ses barrissements inquiètent les plus sensibles, sa taille intimide les marins les plus endurcis, la forme de ses oreilles et sa trompe suscitent la stupeur et l’hilarité des enfants. Dans la ville, la rumeur enfle et la foule se presse pour en apprendre plus sur cette incroyable apparition.

Très vite, la vérité émerge. Les Dieppois ont ici affaire à une éléphantelle âgée de 5 ans. Originaire d’une région voisine de la Guinée, elle est sevrée et de tempérament placide, ce qui a grandement facilité le transport. Le choix d’une femelle s’explique aisément : un mâle aurait causé du dégât en cas d’envie pressante de compagnie féminine.  Il n’en demeure pas moins que la traversée est une prouesse logistique pour l’époque. Elle illustre le talent de navigation des marins normands. Familiers des côtes africaines et de leurs villes regorgeant de richesses, ils en reviennent donc avec cet encombrant présent des populations locales destiné à Henri IV, roi de France depuis 2 ans.

Même si le pays est déchiré par une terrible guerre de religion entre catholiques et protestants, Henri IV considère avec le plus grand sérieux cet ajout à sa collection d’espèces exotiques. Car l’homme est un passionné de bêtes rares. Fauves, perroquets, ours et autres curiosités vivantes font la joie de ses invités de marque. Et ce sont surtout les singes qui se taillent la part du lion dans son cœur. Il en emmène parfois lors de ses déplacements, les tenant en laisse, voire en les laissant juchés sur son épaule !

En ce qui concerne la « petite » éléphante d’1 mètre 80, les ordres d’Henri IV sont clairs : l’animal doit être bien traité. Des sommes importantes sont débloquées pour son logement, ses soins et son alimentation, comme l’atteste le registre comptable ci-dessous (et faisant partie de la collection des Archives départementales) où le paiement d’un soigneur est prévu afin d’accompagner l’animal lors d’un trajet entre Rouen et Dieppe.

Ces prévenances ne durent  toutefois qu’un temps. La situation politique et religieuse est trop brûlante. Ce n’est guère le moment d’entretenir à grands frais ses extravagantes marottes. Le roi décide finalement de se séparer de l’éléphantelle. Il pense toute de suite à l’une de ses plus fidèles alliées : la reine d'Angleterre Elisabeth Ire. Le 4 septembre 1592, il demande au gouverneur de Dieppe d’assurer le transfert jusqu’à Londres. Et c’est le 30 du même mois que le pachyderme pose ses pattes outre-manche.

D’abord contente, la monarque ne tarde pas néanmoins à pester. Selon elle, la bête grandit trop vite. Quel don de goût douteux ! Henri IV serait-il un Français qui trompe énormément ? Elisabeth pense alors peut-être au proverbe de son pays : « Beware of Greeks bearing gifts », dont une traduction acceptable serait « il faut se méfier de Grecs qui apportent des présents  », une référence au Cheval de Troie et à toute forme de cadeau empoisonné. De nos jours, la tendance à Buckingham Palace n’est pas vraiment aux animaux de plusieurs tonnes. Cela serait même l’inverse, comme Elizabeth II, la reine actuelle, et son amour indéfectible pour les corgis pourraient le confirmer.