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Les sorciers de Greuville

Publié : Il y a 1 mois
La croix de Beauvais à Greuville
La croix de Beauvais à Greuville ©ABB OTQSV
Les Cauchois se méfient des sorciers et de leurs sortilèges, et pas seulement à l’approche d’Halloween. A Greuville, par exemple, des traces de ces croyances populaires d’un autre temps sont encore présentes.

En pays de Caux, on se signait quand on les croisait. Les sorciers suscitaient frayeur, colère, mais aussi respect. Leurs maléfices ont inspiré plusieurs auteurs normands : Francis Yard, Jean Laurier, l’abbé Alexandre, Amélie Bosquet…  Ils pouvaient évoquer l’esprit des morts, jeter des sorts et contrarier les paysans. Pour faire cesser leurs sortilèges, on demandait « la messe du Saint-Esprit ». Mais tous les curés n’acceptaient pas de la dire… 
La petite commune de Greuville, près de Luneray, cultive encore une réputation de « pays de sorciers ». Sur son site internet, l’office de tourisme de Terroir de Caux invite à se plonger dans ces croyances locales. On y apprend que le dernier habitant à se revendiquer sorcier était « fils de berger » et « vétérinaire à l’occasion » : un rebouteux qui connaissait les vertus médicinales des plantes et l’influence des astres.
En Normandie, il était courant jusqu’au 19e siècle de connaître un ou deux individus qualifiés de sorciers. Le journaliste Georges Dubosc a même écrit un article sur le sujet dans les chroniques du Journal de Rouen le 3 octobre 1922. Sur le site des Archives départementales, on peut le retrouver en version numérisée (à consulter sur cette page). Ces sorciers étaient des bergers (« berquiers » en cauchois) au mode de vie marginal. Ils partaient, seuls, faire pâturer leurs bêtes pendant de longues périodes. Pensant qu’ils pouvaient jeter des sorts en influant sur la météo, on les appelait parfois les « tempestaires ». Dans La Normandie romanesque et merveilleuse, ouvrage de 1845, Amélie Bosquet les considère comme « solitaires et contemplatifs ».
Dans le registre du Conseil de fabrique de la paroisse de Greuville, quelqu’un a relaté des phénomènes étranges entre 1822 et 1840. « A cette époque eurent lieu les premières scènes de sorcellerie qui se succédèrent pendant plusieurs années et qui ont fait de cette paroisse celle des sorciers. » Le détail de ces manifestations diaboliques n’est pas transcrit, car « la prudence s’y oppose ». Des historiens ont tenté d’expliquer de façon rationnelle ces rumeurs et pensent qu’à Greuville, la présence d’un calvaire – la croix de Beauvais – à l’écart du centre du village attirait des scènes nocturnes que l’on attribuait aux sorciers pour faire fuir les curieux. D’après eux, ce site était utilisé comme point de rencontre par des tisserands contrebandiers venus de Luneray. De nos jours, les bergers ont peut-être disparu, et leurs moutons avec, mais la place devant la mairie greuvillaise porte toujours le nom de place des Sorciers… 

A noter
Pour valoriser ces croyances locales, l’office de tourisme de Terroir de Caux travaille sur l’organisation d’une visite guidée sous forme de balade contée à travers Greuville. A suivre sur www.quibervillesurmer-auffay-tourisme.com.