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La Main à la patte

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Le Refuge AVA est une association qui vient en aide aux animaux handicapés, dits dangereux et vieillissants. Cette lutte de longue date permet à des centaines de vies animales d’échapper à la mort.
Publié : Il y a 2 mois
La campagne brayonne et ses champs. La bruine d’un après-midi d’octobre. Au loin, une étrange et sourde mélopée flotte à travers les gouttes. En s’approchant un peu de cette ferme et des échos de la rumeur, l’incertitude se dissipe et c’est la surprise : oui le chant entendu est un ensemble d’aboiements. On devine derrière les bâtiments des dizaines de chiens qui tiennent salon en jappant d’excitation.

Car ici, à Cuy-St-Fiacre, non loin de Gournay-en-Bray, existe un royaume animal : le Refuge AVA. Un domaine vaste de 75 hectares où les mal-aimés, les boiteux et les ancêtres vivent en bonne entente sans crainte de peine capitale, comme l’explique Maud Lefèvre (en photo), responsable soigneur animalier « nous sommes un des plus grands refuges de France. On a 500 animaux : une centaine de chats, des bovins, 70 équidés, 150 daims et à peu près autant de chiens, handicapés, dangereux et vieillissants. Notre mission principale depuis la création de ce refuge du Quesnoy en 1986, c’est de constituer une alternative aux euthanasies ».
 

Le surnom officieux de la ferme est “le refuge des gueules cassées”, et cela tombe rapidement sous le sens. Aux environs des bâtiments principaux, où que le regard se pose, surgissent des ombres félines et canines, souvent fourbues ou méfiantes et qui s’effarouchent face au visiteur. Ce sont les doyens, les âmes aux termes de leurs existences qui demandent une veille constante. Une catégorie d’animal un peu plus dorlotée que les autres selon Maud, « on leur donne une maison de retraite, on traite leur pathologie, leurs problèmes de santé, les défaillances cardiaques par exemple. Ici, c’est un endroit apaisé ». Le travail de l’équipe, basé sur l’écoute, le dialogue et la compréhension traite aussi une « deuxième population : les animaux dits dangereux, au comportement agressif, gênant, tous ceux inadaptés à vivre en société. Nous obtenons de bons résultats à travers des méthodes d’éducation positive. Et si on y parvient c’est parce que nous sommes un groupe pluridisciplinaire. Vous trouverez chez nous des soignants, des vétérinaires, des psychologues et des éthologues qui étudient le comportement animal ». 
 Les observations de ces scientifiques réfutent certaines idées reçues comme la légendaire hiérarchie inter-espèces, « non, l’homme ne doit pas dominer le chien. Il faut repenser la relation et sans parler d’égalité, il est nécessaire de bâtir de la confiance et de la bienveillance sans s’affranchir toutefois de règles claires ». Le comportement humain, un vrai cheval de bataille qui transparaît dans le discours passionné de Maud,  « nous avons des chiens qui ont été des sujets tests en écoles de vétos. Ils pourront difficilement accéder à une vie en famille. Il y a aussi ceux qui ont participé à des combats et bien sûr, quantité d’autres abandonnés. Par rapport à ce point, j’ai longtemps été dans le jugement mais j’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin. L’abandon est souvent dû à une détresse humaine. Un placement en maison de retraite médicalisée, un décès, un refus de la famille restante de s’occuper de l’animal. Alors oui, dans ces cas-là, c’est mieux comme ça ».
 

Cela fait 8 ans que Maud œuvre au refuge. Aujourd’hui la structure vacille, faute de moyens financiers. Une situation alarmante qu’elle tente d’arranger en faisant appel au plus grand nombre, « nous avons besoin de dons. Il y en a des possibles pour les particuliers, déductibles à 66% des impôts, et d’autres à 60% pour les entreprises. Le soutien peut aussi prendre la forme d’un parrainage d’animal ». Et si l’argent est le nerf de la guerre, toutes les initiatives judicieuses sont bonnes à prendre, « comme des actions bénévoles, promener les chiens ou faire le tour des animaleries. On peut y glaner des sacs de litière ou de croquettes impropres à la vente pour cause de défaut mineur ou de date de péremption courte ! ».

Débordant d’énergie, Maud a un petit mot affectueux pour chaque créature passant sous ses yeux. L’amour des bêtes, elle le ressent et le vit depuis belle lurette, quel que soit le passé ou le passif de l’animal, elle lui accorde toujours un degré similaire d’attention. Même si elle avoue avoir quelques préférés, « en ce moment, ma chouchou, c’est Pearl, une pittbul rednose (en photo ci-dessous). C’est une chienne qui a des problèmes de comportement et avec qui je développe beaucoup de choses ». La chanson Je me suis fait tout petit de Brassens semble avoir été écrite en pensant à elle : « J'étais chien méchant, elle me fait manger Dans sa menotte J'avais des dents d'loup, je les ai changées Pour des quenottes». Car pour la soigneuse animalière de 29 ans, canaliser les fortes personnalités et rétablir un lien positif constitue la plus belle récompense de son métier.
 

Quand la journée au refuge s’achève, Maud n’en a néanmoins pas fini avec les gamelles, « chez moi, j’ai 7 animaux, 2 chiens handicapés, un cochon, Scarlet. Quand on travaille ici, on épouse la cause animale et cela devient un mode de vie ! ». Si Maud a le cœur sur la main, elle en a un autre sur le bras aussi, sous la forme d’un tatouage. Il avoisine la silhouette d’un petit rat sous lequel est inscrit “sorry”. Cette demande de “pardon” gravé dans la chair renvoie à un épisode douloureux pour Maud : la dératisation imposée au refuge qui a vu les rongeurs définitivement bannis de l’enceinte. Une cruelle décision allant à contresens de la philosophie du lieu dont un des piliers est le soin et le maintien de la vie. Excluant toute tentation d’acharnement thérapeutique, Maud détaille l’ultime geste d’amour qu’un animal peut recevoir au refuge, « oui, parfois il faut euthanasier. La décision, on la prend tous ensemble et quand le vétérinaire est là, nous sommes tous là aussi pour accompagner l’animal dans ses derniers instants ». Que le sursis passé dans cette ferme s’achève de la sorte, par une adoption ou par une fin naturelle, la conclusion reste la même : on ne trouve jamais autant d’humanité que dans un refuge animal.

 
Pour plus d'informations sur le Refuge AVA, se rendre sur le site officiel, pour faire un don, suivre ce lien.