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Professeur Cribier, l’as du cœur 

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Alain Cribier est l’inventeur du TAVI, Transfemoral Aortic Valve Implantation : une technique qui consiste à implanter une valve artificielle métallique dans le cœur des patients, sans chirurgie. Une révolution médicale entièrement développée à Rouen qui a sauvé de nombreuses vies. Pourtant c’est une route semée d’embûches que le Professeur a dû traverser et sans son obstination, il n’y sera certainement jamais arrivé.
Publié : Il y a 18 jours
La médecine, une vocation
Aussi loin qu’il s’en rappelle, Alain Cribier a toujours voulu être médecin. Originaire de Paris où il suit ses études, c’est à Rouen que le jeune médecin viendra terminer son internat. Ce choix du cœur – il suit alors son épouse – lui ouvrira les portes du domaine qui fera de lui l’éminent cardiologue qu’il est devenu : le cathétérisme. Cette spécialité consiste à insérer une sonde dans une artère ou une veine pour atteindre le cœur. Le professeur se penche alors sur les maladies des valves cardiaques, notamment le rétrécissement de la valve mitrale et le rétrécissement aortique. Ces maladies nécessitent une intervention chirurgicale lourde, or faute de bonnes conditions physiques, de nombreux patients inopérables en meurent. 
 
Le rétrécissement aortique, une maladie très fréquente en Europe et aux Etats-Unis
« J’ai découvert l’innovation médicale lors d’un voyage à Las Vegas, et il me tenait à cœur de développer une technique qui mettrait à la portée de tous les soins nécessaires aux maladies des valves cardiaques. » Son idée consiste à implanter un « stent » sorte de valve métallique, dans le corps des patients, à l’endroit même où la valve malade s’est rétrécie, afin de la maintenir ouverte. Tout cela sans ouvrir la poitrine des patients. « On m’a dit que mon idée était folle, que c’était impossible, mais en médecine, innover c’est comme traverser une jungle, il fait être fou et la route est longue ! »
Celle du Professeur Cribier dura 15 ans. Quinze années de recherche, de doutes, de refus, mais surtout de persévérance. « Le plus dur c’est de trouver des financements. Puisque personne n’y croyait, avec deux ingénieurs et un médecin, nous avons créé notre propre start-up afin de pouvoir développer notre stent et réaliser nos premiers tests en laboratoire. »
 
Premier essai : la bombe explose
En 1999, le Professeur Cribier implante sa première valve artificielle sur une brebis. Une centaine d’essais ont été faits jusqu’à ce que se pose la question la plus difficile à prendre « quand est-ce que l’on opère l’homme ? ». 
Et c’est finalement le destin qui a décidé le jour où un patient a été admis au CHU de Rouen. Âgé de 57 ans, il souffrait de rétrécissement aortique et ses conditions physiques ne permettaient pas de l’opérer à cœur ouvert. « Si nous ne faisions rien, il mourait dans les 15 jours. » Après avoir obtenu les autorisations nécessaires, le professeur Cribier réalise la première implantation de valve aortique artificielle ; le TAVI, le 16 avril 2002. « En quelques heures, le malade a littéralement ressuscité. Cela a fait l’effet d’une bombe dans la communauté médicale et les investisseurs se sont précipités pour financer cette technique révolutionnaire. »
 
Objectif 2020 : L’âge de raison
Humble dans sa blouse blanche, l’homme est désormais connu dans le monde entier, et la valve Cribier a à ce jour sauvé la vie de plus de 400 000 personnes dans 65 pays et enseigne désormais la technique du TAVI à travers le monde. Récemment, c’est le chanteur britannique Mick Jagger, qui en a bénéficié, lui permettant de reprendre sa tournée seulement 1 mois après l’intervention !
Cette avancée médicale, considérée comme la plus importante de ces 20 dernières années en médecine, passe aujourd’hui à l’âge adulte. La valve de Cribier vient de montrer sa supériorité par rapport à la chirurgie cardiaque et la technique du TAVI, jusqu’alors réservée aux patients inopérables, devrait d’ici 2020 être ouverte à tous les patients souffrant de rétrécissement aortique. Une intervention minimale, réalisée en une trentaine de minutes, sous anesthésie locale et qui offre des années de vie supplémentaires à de nombreux patients.

3 questions au Professeur Cribier
Qu’est ce qui est important lorsque l’on innove ?
« D’abord, il faut avoir l’idée. Ensuite il faut se convaincre que l’idée va marcher, puis il faut convaincre les autres : les membres de l’équipe, les experts, les investisseurs. Et nous même, on n’est jamais certain que l’on va y parvenir, jusqu’à ce que l’on opère le premier patient. » 
 
Quelle est l’intervention qui vous a le plus marquée ?
« Il y a quelques années, une femme de 83 ans souffrant de rétrécissement aortique a bénéficié de l’implantation d’une valve artificielle grâce à la technique du TAVI. Avant l’opération elle était condamnée. Un an plus tard, elle a été invitée aux États-Unis pour raconter son histoire et a vécu jusqu’à 90 ans ! Cette patiente a suscité l’enthousiasme, elle a contribué à l’essor de cette technique en montrant qu’à 84 ans, on pouvait presque ressusciter et revivre normalement après une opération du cœur. »
 
Votre meilleur souvenir ?
« Les premiers cas mondiaux constituent mes meilleurs souvenirs parce que ce sont eux qui ont enclenché la machine qui a permis ensuite de sauver des milliers de personnes. Dernièrement je suis fier que ma technique ait pu sauver Mick Jagger ! »