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Assa fait son cinéma

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Publié : Il y a 2 ans

Le soleil a bien du mal à percer les nuages épais qui surplombent la cité havraise de Caucriauville. Qu’importe. Assise dans un fauteuil orange qui remporterait un vif succès dans les boutiques vintage du centre-ville, Assa Coulibaly porte à elle seule toutes les couleurs de l’été. Le bleu azur, le jaune doré, le rose fuchsia de son foulard contrastent avec les peintures usées de l’ancienne laverie du quartier. Son sourire, timide mais généreux, rempli la pièce et réchauffe l’atmosphère, figée par le temps, d’un endroit qui fut jadis un lieu de rencontre des femmes de Caucriauville. Ce quartier, c’est celui dans lequel elle vit. A 31 ans, elle y élève seule ses enfants, comme le font aujourd’hui beaucoup des femmes de cette cité “populaire”. L’une de celles construites dans les années 60 par des architectes visionnaires, mais qui n’avaient pas vus assez loin pour envisager qu’avec la crise, cet ensemble qu’ils avaient conçus comme avant-gardiste, communautaire et accueillant allait devenir un choix de repli pour les exclus du centre-ville, les minorités, les mono parentaux, les petits contrats, les sans emploi et autres laissés pour compte du système.

Pour Assa “Caucriau”, comme les Havrais la surnomme parfois, subit injustement une mauvaise réputation « Caucriauville c’est autre chose ». Encore faut-il y venir pour s’en rendre compte, quitter le front de mer, le centre cossu et ses abords boboïsés pour constater que cet ensemble, planté sur les hauteurs du Havre, possède des ressources dont la plus précieuse est sans conteste ses habitants.

Et cette richesse, Jean-Michel Bruyère n’est pas passé à côté. Artiste polymorphe au sein du collectif “LFKs”, composé à parité de femmes et d’hommes, de jeunes et moins jeunes et de 12 nationalités en provenance de 5 grandes régions du monde, il repère le potentiel artistique du quartier. Son architecture le séduit, l’atmosphère qui s’en dégage l’inspire. Si bien qu’en 2014 il s’installe au sommet de la plus légendaire des tours du Havre, la tour réservoir qui, imaginée par l’architecte Henri Loisel 50 ans plus tôt, alimente le quartier en eau courante et domine la ville. Sur son perchoir, il prend le temps d’observer la vie de la cité, de s’en imprégner et d’imaginer un nouveau projet artistique en lien avec ses thèmes de prédilection : les minorités, le chômage, le panafricanisme, les luttes minoritaires... Ce sera une web série générative, la tour en sera le personnage central et la vie qui foisonne autour d’elle, sa source d’inspiration. Très vite le projet prend forme. Le Volcan, scène nationale du Havre s’y associe. Des réunions d’information sont organisées avec les habitants, les associations, les bailleurs sociaux…

Un matin, alors qu’Assa accompagne ses enfants à l’école, elle croise sa sœur Fatou, déjà investie dans l’aventure “Tour Réservoir”, et qui lui propose d’y participer en tant qu’actrice. Depuis maintenant un an, Assa y joue son propre rôle. « C’est la vie des femmes de la cité avec nos galères et nos moments forts ». Entre road movie et documentaire, la série diffusée sur le site tour-reservoir.com, s’est immiscée dans son quotidien, a fait de son ordinaire des moments extraordinaires qu’elle est fière de partager avec ses enfants. « Ils sont venus me filmer sur mon lieu de travail à Renault Sandouville. J’étais fière de pouvoir montrer mon métier à mes enfants, où je vais et ce que je fais quand je les laisse à 3h30 du matin à la maison ». Elle a bien raison d’être fière Assa. Son visage s’irradie et ses yeux brillent quand elle évoque ce que Tour-Réservoir a changé dans sa vie « la série me permet de me retrouver avec mes enfants qui participent aussi au tournage. Aoua, la grande, a même chanté pour la bande son. Quand on a commencé à tourner j’ai découvert mes enfants autrement. Je ne savais pas qu’ils étaient capables de ça et réciproquement. Ça nous a soudé ».

“Tour Réservoir” c’est une histoire familiale, la grande famille des habitants de la cité qui, dans la dynamique de la web série ont créé leur association. « On se rencontre souvent, on échange avec les comédiens et comédiennes, on organise des repas multiculturels, on rencontre des gens qui viennent de l’université et on débat sur le panafricanisme, sur les difficultés de la vie de tous les jours, sur comment s’entraider… » Et les idées foisonnent, riches de générosité, d’humanité comme le sourire d’Assa.

Et si le projet d’Henri Loisel de faire de Caucriauville une cité “radieuse” n’était pas si utopique? Ça, Assa en est persuadée « Mon quartier je l’ai toujours bien vu. On ne manque de rien ici. Et avec la web série tout le monde va découvrir Caucriauville. Ils vont voir comment ça se passe ici et que ce n’est pas ce que l’on raconte sur les cités. Ils vont être surpris parce qu’ils vont faire de belles découvertes… ». Chiche !

 

Plus d’infos : http://tour-reservoir.com - facebook.com/Tour-Réservoir

Lancement de la saison 1 en juin prochain.