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Christian Gouel

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Publié : Il y a 5 ans

Au cœur du vieux quartier de Rouen, il nous ouvre les portes de sa petite usine et débute la visite. Dans sa pièce principale, voisinent les postes de travail : ici le bureau d\'études, là les services expédition et comptable, plus loin la fonderie et les prototypes, et à l\'étage la peinture, la résine et les pièces détachées. Quant au personnel, on en a vite fait le tour : « Ma femme et moi », résume Christian Gouel. Sur sa carte de visite, il se déclare maquettiste, mais à la chambre des métiers, « je suis dans la rubrique “divers” ». Un métier devenu confidentiel. « Nous ne sommes plus que 5 en France , quinze tout au plus dans le monde ».

Depuis la déferlante chinoise, autant dire qu\'il faut se battre pour survivre. « La fabrication de maquettes est devenue un marché de niches ». Et la niche de l\'entreprise Gouel est très précise : les voitures du Mans de 1923 à 1952, surtout les fonds de grille, au 1/43e, les Bugatti « d\'avant 1933-34 » toujours au 1/43e, quelques Grands Prix au 1/24e, quelques engins agricoles. Enfin, il y a les commandes spéciales. Et là on se régale ! Sur la table qui sert d\'accueil à des clients venus du bout du monde, il sort prudemment sa dernière petite merveille : la Bugatti Type 30 de 1926, qui lui a récemment valu d\'être lauréat au Concours Ateliers d\'Art de France 2012. Tôle laquée noir, siège tout cuir cousu main, bois teintés. «Deux mille heures de travail», évalue-t-il, avec la modestie tranquille de l\'artisan. Même les clients les plus chevronnés n\'imaginent pas le temps passé entre les plans et la fabrication.

Dans une banale armoire de bureau s\'entassent ses livres, une mine de photos qui lui sert de base de travail quand il ne peut prendre les mesures directement sur pièce. « Ces recherches en amont me passionnent », confie-t-il. « Il faut une bonne connaissance de l\'histoire des marques, des modèles. Et c\'est ce qui fait encore notre force au pays des pionniers de l\'automobile ! ». Une connaissance acquise au fil des ans, guidée par une passion depuis longtemps chevillée au corps. Il se souvient. « Mon père était dieppois et quand j\'étais petit, il m\'emmenait aux Essarts ». Le bruit, la vitesse, le danger. « Il y avait quelque chose de totalement fascinant ».

Tout môme, il aurait bien rêvé d\'être pilote « mais ça n\'a pas duré très longtemps ! » Aujourd\'hui, son métier le comble. Lui qui peut tomber en admiration devant la beauté d\'un moteur, « j\'aime autant le côté artistique que technique », balance le modéliste qui mûrit déjà un autre projet : « La fabrication au 1/8e d\'une réplique de la première voiture — de Seine-Maritime comme chacun sait— la Delamare-Deboutteville », annonce-t-il avec une pointe de frénésie, « et j\'ai déjà les autorisations pour prendre les cotes au musée de Mulhouse  »...

Son objet fétiche
«Je n\'ai pas d\'objet fétiche», prévient-il. Juste un pin\'s Bugatti épinglé sur le revers du veston qui ne le quitte jamais. « Ma légion d\'honneur ! » Il sourit. Pour Christian Gouel, Bugatti reste l\'une des marques les plus emblématiques. Entre le père Ettore et le fils Jean, « c\'est l\'expérience d\'un système industriel créé avec des méthodes d\'artisan d\'art ».

Son actu
Avec sa Bugatti Type 30 de 1926 déjà vendue à un collectionneur privé, Christian Gouel vient d\'être désigné parmi les 21 lauréats du concours Ateliers d\'Art de France 2012 qui met en lumière les artisans d\'art les plus talentueux. «Pour nous, c\'est une reconnaissance. Être considéré comme un métier d\'art à part entière », lance le modéliste « Nous ne jouons pas aux petites voitures ! ».

Infos : www.cg-models.com