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Hugues Desserme, l'homme de verre

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Hugues Desserme, l'homme de verre

N'en déplaise au dictionnaire qui semble ignorer le terme, Hugues Desserme est bien “bombeur de verre” et non souffleur de verre. Un savoir partagé par trois artisans en France, tous passés entre les mains de la famille Desserme. L'art de maîtriser la puissance du feu pour faire plier le verre n'est pas dû à tout le monde.Sur la porte d'un banal hangar, à Canteleu, il est bien précisé : Sonnez avant d'entrer. Et juste au-dessus : Attention au chien. L'atelier d'Hugues Desserme a presque des allures de coffre-fort. Et pour cause, ce lieu insignifiant en apparence abrite parfois des pièces destinées aux plus grands musées voire aux plus grands architectes et designers nationaux et internationaux. En attendant, celui qui vient nous accueille porte ses trente et un ans avec une vraie légèreté et un style de titi parisien : bracelet de force, coupe de cheveux affûtée. Quant au chien, un bullterrier, il semble plutôt affectueux… maintenant qu'il sait que nous sommes attendus.

Tradition high-tech

Hugues Desserme travaille seul depuis 2005. Fils unique, tout aurait pu s'éteindre avec lui : le nom et une grande partie du savoir. Mais le métier était trop beau et les projets trop passionnants. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le carnet de commande du jeune homme pour se faire une petite idée de son univers. Un monde discret où des personnalités aussi prestigieuses que le designer Philippe Starck ont régulièrement leurs entrées. Les candélabres du Pont Alexandre III, à Paris, c'est lui. Des témoins lumineux pour des avions de chasse, encore lui. Des réflecteurs pour l'aérospatiale, des verres bombés pour des concepts-cars, des miroirs de sorcières, des vitrines de meubles anciens, toujours Hugues Desserme. Pour toutes ces pièces, le bombeur de verre est le seul à maîtriser l'art de cintrer le verre sans le briser. « J'y laisse toujours de la sueur et parfois même un peu de sang », précise-t-il.

L'atelier de l'alchimiste

Le principe est quasi alchimique et remonte à la fin du XVIIe siècle. Il s'agit de prendre un verre plat, de le poser sur un moule de métal et de le chauffer jusqu'à atteindre le point de plasticité de la matière. Température entre 550 et 750 °C. L'objectif est que le verre épouse parfaitement la forme du moule. Mais pour cela, il faut maîtriser l'opération au degré près. Rien n'est improvisé. Ces verres bombés servirent d'abord pour des luminaires ou les vitrines de certains meubles. Aujourd'hui les applications sont infinies et les difficultés enrichissent le métier. Hugues Desserme est donc un homme rare et précieux. Tout ce qu'il sait, il le tient de son père qui le tenait lui-même de son père et ainsi jusqu'au fondateur de l'atelier Desserme, en 1870, dans le quartier du Marais, à Paris. Et demain ? « Un four à bois parce que les fours à gaz à commande électronique, c'est bien mais impossible d'y mettre la main alors que certaines pièces nécessitent cette manipulation ». Hugues Desserme, a décidément le feu sacré.