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Jean-Marie Buhan

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Jean-Marie Buhan l'homme à la perle

Brodeur professionnel, il a travaillé pour la tapisserie de Rollon, mais aussi pour Jean-Paul Gaultier. Rencontre avec un magicien de l'aiguille, au sommet de son art.

Découverte. Il en gardera le souvenir ému « d'une belle aventure humaine ». Jean-Marie Buhan est l'un des vingt-deux brodeurs de Caen, Rouen et Saint-Malo qui ont participé à la réalisation des 30 scènes de la tapisserie de Rollon créée pour fêter les 1 100 ans de la naissance de la Normandie et exposée jusqu'au 27 juillet à l'abbatiale Saint-Ouen à Rouen. « La scène où Rollon fuit devant Chartres », précise-t-il, soit 70 heures de travail. Le projet l'a tout de suite séduit, lui, le brodeur de perles et de paillettes, seul professionnel de l'équipe et représentant de la gent masculine, mais ravi de s'essayer au point d'orient, « dans une ambiance de brodeuses au coin du feu ».

Stars. C'est à l'âge de 27 ans qu'il avait découvert l'art de la broderie. « J'étais alors sans emploi. Ma femme m'avait rapporté un numéro de… Modes & Travaux. J'ai commencé par les rideaux, les nappes, bref, j'ai fait mon trousseau de jeune marié ! », s'amuse-t-il « et découvert en même temps le plaisir de tenir une aiguille ». Renonçant alors à sa carrière de professeur d'allemand, il se forme chez le brodeur parisien Lesage et aussitôt repéré, rentre chez le styliste Jean-Paul Gaultier. Il y restera dix ans comme premier d'atelier. Du jour au lendemain, le voilà propulsé dans l'univers des stars : « j'ai travaillé pour Johnny, Madonna, Tonie Marshall, Almodovar », énumère-t-il en feuilletant son book ; tenu de relever les défis les plus extravagants de la haute couture. Des vestes brodées de clous, des effets perlés de fourrure et de caftans soyeux. Puis le tourbillon finit par l'épuiser et il y a six ans, il décide de s'installer à son compte. Dans sa maison de Petit-Quevilly, sur son métier posé au milieu du salon, il goûte un autre rythme, le regard clair emporté par le geste sûr de la main ; le rythme de l'artisan : « quand je commence un ouvrage, je sais qu'il me faudra 200 heures avant d'en voir le résultat ». Mais il est libre, libre d'un temps qu'il peut partager entre Rollon et ses clients, des brodeurs, des jeunes couturiers, et les robes qui habilleront les princesses du monde entier. De ce point de vue, rien n'a vraiment changé « Je travaille toujours pour le luxe, sans vivre dans le luxe, mais mon plaisir c'est surtout de faire du beau ! ».