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Un plant parfait, Frédérique Aurousseau

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Publié : Il y a 5 ans

À Bretteville du Grand-Caux, Frédérique Aurousseau réinvente chaque jour la pomme de terre.

Depuis la départementale, une petite route bifurque et plonge dans la campagne cauchoise. Entre les hameaux de vieilles bâtisses, une grille verte et la façade monotone d’un bâtiment de bureaux. Nous arrivons dans le saint des saints de la pomme de terre, une des quatre stations de recherche variétale françaises, base scientifique d’un groupement de près de 500 producteurs couvrant la moitié nord de la France, où sont élaborés patiemment les tubercules de demain. À la fois surprise et ravie de parler d’un métier plutôt méconnu, Frédérique Aurousseau, généticienne et responsable depuis 29 ans de la création des variétés nous ouvre les portes. « Les gens n’imaginent pas le travail de recherche qu’il y a derrière une simple pomme de terre ! » Son intérêt pour ce légume germe depuis le lycée : « Un professeur de sciences m’a transmis sa passion pour les plantes. » Titulaire, depuis, d’une thèse sur « l’utilisation des cultures in vitro pour la sélection de la pomme de terre », elle lui consacre désormais l’essentiel de ses journées. « Près de 1 500 croisements sont réalisés à la station chaque année ». Et elle insiste sur le mot “croisement”. Ne parlez pas d’OGM ici !

La saison démarre en avril par les  semis et dès le mois de mai, les jours s’écoulent dans la tiédeur des serres, au milieu d’un bataillon de fleurs  blanches. Depuis la création de la station, dont le Département a apporté un appui pour le financement de trois  serres, une quarantaine de nouvelles variétés a ainsi été mise sur le marché sur environ 200 référencées en France, dont deux marques vedettes « La Pompadour et la France-line ». Car chacune a son petit nom, après un brainstorming qui mobilise toujours l’ensemble de l’équipe. La sélection se fait sur un cahier des charges en fonction des secteurs de destination (chair ferme ou féculière, transformation agroalimentaire, bioplastiques). On étudie le goût, la forme, la texture, la couleur. Le métier exige de la patience : « il faut dix ans pour créer une nouvelle variété » et de l’intuition, sentir le vent venir, anticiper les attentes des producteurs et des  consommateurs.

Que sera alors la pomme de terre de demain ? Frédérique Aurousseau lui prédit un bel avenir : « La pomme de terre a des atouts. C’est à ce jour l’une des cultures alimentaires les plus productives… et qui nécessite moins d’eau que le riz ! » Son travail consistant de surcroît à la rendre plus résistante et… plus savoureuse. Réputée pour ses qualités culinaires, la pomme de terre française se vend d’ailleurs de mieux en  mieux à l’international. Et la généticienne sait de quoi elle parle « goûter fait partie du métier » mais aussi des petits plaisirs comme celui de cuisiner, après ses longues journées, encore et toujours la pomme de terre. « Au four, avec des herbes et un filet d’huile d’olive ou à l’eau avec du beurre ou des harengs fumés ». Son plat préféré.

Son objet :
Ces deux galets, trouvés l’un (le plus foncé) à Sainte-Marguerite-sur-Mer, l’autre (le plus clair) en Méditerranée. Quand elle n’est pas à son travail, Frédérique Aurousseau aime arpenter le bord de mer. Et ces galets aux allures de « pommes de terre fossilisées » posés sur son bureau lui évoquent de bons souvenirs… En même temps qu’ils l’inspirent. « Dans mon métier, nous sommes toujours un peu à la recherche de la forme idéale.»

Son actu :
Elles ont pour nom Panam, Geminini et Lovalie. Ce sont les dernières pommes de terre inscrites cette année au catalogue offciel et désormais sur le marché. La première en direction de l’Europe de l’Est, la seconde comme variété féculière et la troisième complètera l’offre à destination des consommateurs français.

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